NIHIL – Syzygy / Perihelion

Date de sortie : 17 avril 2026

Label : Klonosphere

Genre : Rock/Post Metal

Si tu aimes : Tool, Archive, Deftones, The Ocean

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Dire que nous attendions ce nouvel album avec impatience serait un euphémisme. 17 ans se sont écoulés depuis que le groupe bordelais Nihil a refermé la parenthèse d’une carrière prolifique, entamée fin 1997 avec la sortie de sa première démo, puis marquée par cinq albums publiés sur une période de 6 ans, de 2000 à 2006. Mais à partir de 2008, plus rien, c’est le silence, le quintet splitte, chaque membre poursuivant d’autres projets musicaux, sans que l’idée d’un retour ne soit envisagé. C’est fin 2023 que l’hypothèse d’une reformation est timidement évoquée. Faire revivre Nihil, oui, mais avec un projet d’envergure. C’est en 2024 que l’enregistrement de « SYZYGY » prend vie, un album pensé en deux mouvements, avec une première partie nommée « Aphelion » sortie le 25 septembre 2025 sur laquelle le groupe réinterprète d’anciens morceaux dans une esthétique plus actuelle. Les termes ne sont pas choisis au hasard. « SYZYGY » est un terme d’astronomie qui désigne l’alignement parfait des astres, des planètes alors qu’ « Aphelion » évoque ce point de l’orbite où la Terre est la plus éloignée du Soleil. Par ce choix tout est symbolique. Les membres du groupe originels se réunissent à nouveau, c’est l’idée d’un retour rendu possible car tout se réaligne enfin !  Puis place au renouveau avec neuf nouveaux morceaux formant le second volet de ce projet intitulé « Perihelion ». Là où « Aphelion » regardait le passé, le groupe choisi ici de se recentrer sur le présent en renouant pleinement avec la composition. Neuf titres introduits par le morceau F.E.A.R (Floating Eternally Across Realms) sorti le 13 février 2026, dissimulé comme morceau caché sur l’album, et représentant une porte entre le passé et le présent et une ouverture sur un nouveau cycle créatif.

« Perihelion » porte la marque d’un monde qui vacille. Les titres sont plus sombres et largement influencés par notre société. On sent que l’écriture des textes a été nourrie par ce qui nous entoure, et, il y a de quoi entre la peur, l’incertitude, les fractures, mais aussi une part de résilience et une volonté de traverser le chaos pour en extraire quelque chose de lumineux.  

L’un des fils rouges de l’album, c’est cette manière de sculpter l’espace. Dans « Fear », les guitares sont massives, elles ouvrent un paysage où la gravité semble se modifier. La basse donne au morceau sa densité. La peur devient un passage, comme un seuil à franchir obligatoirement pour atteindre la transformation.

Dans « Questions Unanswered », il y a cette montée progressive, sans chant mais portée par un monologue presque incantatoire, installant une tension qui finit par exploser avant de laisser les instruments prendre place et conclure le morceau. Avec « Meteaura (How it ends) », impossible de ne pas déceler l’influence toolienne, avec ces rythmiques telluriques et ces phrasés répétés donnant une impression de transe. Titre qui trouve son écho direct avec « How it starts again », où la voix lo‑fi semble venir d’un ailleurs, comme si elle véhiculait un message transmis au travers de différents espaces. « Memories of the Future » renoue avec l’ADN mélodique du groupe, où l’on retrouve une fois de plus cette montée constante, ce refrain massif, et cette thématique de notre incapacité à nous définir. Alors que « Deep the Ocean » bascule vers une énergie beaucoup plus rock, le titre « Glittering Stars » offre une respiration électronique, délicate, presque onirique. On y perçoit des influences de Björk ou de Thom Yorke, dans cette manière de laisser la voix devenir un langage intérieur. C’est l’un de mes morceaux préférés, car il ouvre comme un souffle de quiétude presque cosmique, comme un moment suspendu dans l’espace. « Ad Astra » poursuit cette parenthèse avec un piano, une voix nue sans artifice et presque rien d’autre. Une mélancolie douce, fragile, qui apporte une pause dans la dynamique de l’album. Enfin, « Be Quiet Please », morceau le plus long de l’opus en avoisinant les dix minutes, installe un espace ample, mouvant, fait de montées et de ruptures.

Avec ce nouvel album, Nihil nous rappelle qu’il n’a jamais été un groupe que l’on enferme dans une case, dans un genre musical précis. Sa force réside dans cette capacité à traverser les courants musicaux et à utiliser ses influences avec aisance, tout en nous transportant dans un voyage spatio-musical. Sa musique reste un univers mouvant, un lieu où les styles se rencontrent et se transforment, pour mieux construire une narration sonore sensible. Avec « Perihelion », le quintet ouvre un espace tourné vers un paysage intérieur, propice à l’introspection. On peut penser qu’au fond, peut‑être, Nihil n’attendait que ça, le bon moment pour revenir, l’alignement juste parfait pour renaitre. Et on ne va pas se mentir, on est ravi qu’ils aient décidé de remettre le couvert, preuve que certaines « trajectoires » méritent d’être reprises là où elles se sont interrompues.

Artwork : L’Univers de Nuna

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