MALLAVORA – What If Better Never Comes?

Date de sortie : 27 mars 2026

Label : Church Road Records

Genre : Metal alternatif

Si tu aimes : Spiritbox, Jinjer, Evanescence, Loathe.

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Il y a des groupes qui mettent du temps à trouver leur identité musicale, leur signature. Mallavora en fait partie. Le commencement s’est donc fait doucement pour ce groupe né sur les bancs de l’université à Birmingham en 2017, à l’initiative du guitariste Larry Sobieraj et de deux autres amis musiciens, Jack Pedersen, batteur, et Ellis James, bassiste. Mais le projet voit véritablement le jour en 2019 avec l’arrivée de la chanteuse Jessica Douek. En 2020, le groupe sort un premier EP « Paradise », mais leur son, proche du rock alternatif, n’est pas encore tout à fait défini. Jessica, en plus du chant, se charge des textes, mais elle a du mal à se sentir à l’aise avec l’exercice. 2021 va marquer un premier tournant. La pandémie et les différentes périodes de confinement laissent au groupe du temps pour l’écriture et la réflexion. Leur musique se précise, tend davantage vers un métal alternatif, devient plus heavy, et surtout Jessica se libère et prend confiance en elle. Elle apprend à screamer et entame un style d’écriture différent, plus intime et cathartique. Il faut dire qu’elle a un sujet qui lui tient à cœur, son handicap lié à sa maladie chronique (proche de la fibromyalgie), qui lui a longtemps posé problème dans sa carrière de chanteuse, craignant ne pas tenir le rythme d’un concert ou d’un enregistrement. 2023, c’est le déclic auprès du public. Le groupe sort son second EP « Origins », contenant le titre « Disorder », un véritable cri de rage sur le handicap. Jessica a l’idée de génie de mimer un passage du morceau sur TikTok avec sa canne. La vidéo devient virale et les likes s’envolent en quelques heures. Cette visibilité change tout et permet au groupe de postuler au concours national britannique Kerrang! Deal fin 2023, un véritable tremplin pour les groupes rock émergents,  avec à la clé un contrat chez Marshall Records. Février 2024, Mallavora remporte le concours, signe chez Marshall Records et sort par la même occasion un troisième EP « Echoes », avec le très excellent « Skin ». L’ascension est donc en route, avec en prime une place au Download Festival pour y jouer leurs nouveaux morceaux.

Porté par cette nouvelle notoriété, le quatuor commence donc à plancher sérieusement sur un album concept, sans se douter que cette préparation allait durer presque trois ans.  

Trois longues années pour composer les 12 titres constituant What If Better Never Comes? , un premier album explorant la place du handicap dans notre société. Tout l’opus est pensé comme un cheminement émotionnel, des titres jusqu’à la pochette. Il fonctionne comme un journal intime, chaque composition est une introspection où Jessica se livre sur son sentiment de rejet, sa frustration, sa colère et son espoir que tout change un jour. Le concept part du morceau final « What If Better Never Comes? » , d’une durée de 9 minutes, composé et écrit avant tous les autres titres. C’est une véritable plongée dans l’angoisse de l’avenir, dans la peur profonde que rien ne va s’améliorer.

En ouverture, le titre « Prologue » pose dès les premières notes la tension et la couleur émotionnelle de l’album, et sert aussi d’introduction au titre suivant « Smile », véritable pamphlet qui surgit comme un coup de poing, avec un texte de rage, de résistance et de dénonciation. Jessica attaque ici frontalement la manière dont la société traite les personnes handicapées, le sourire forcé qu’on exige d’elles pour être acceptées, et la violence invisible des injonctions. Le titre est sans aucun filtre, agressif et militant.

Si « Waste » bascule vers une rupture identitaire et un refus d’être façonné par autrui, le titre « Lilith & Esther » en featuring avec la chanteuse Banshee, célèbre la force et la résilience des femmes. Le morceau fait référence à deux figures féminines puissantes pour évoquer la transmission, la survie et la renaissance. Jessica en profite également pour mettre en avant ses racines et inclut à son texte un passage en hébreu, comme une prière qui donne à la composition une dimension spirituelle, le tout renforcé par quelques notes orientales. C’est un véritable hymne à la puissance des femmes.

Avec « Hopeless », Mallavora renoue avec ses origines, c’est la balade ovni et pop/rock de l’album, un titre très différent des autres, qui joue sur l’ambivalence d’un vide intérieur et d’une volonté d’y croire encore. Puis, le morceau « Break » marque une transition entre les paroles sombres d’« Hopeless » et l’espoir d’un renouveau de « Birth Of The Sun », sur lequel Jessica se laisse aller à espérer la naissance d’une nouvelle lumière.

Avec les titres « Sick », « Walking the Edge of the Knife » et « Empty », le groupe continue l’exploration de la fragilité mentale et du mal-être dû à une lutte contre un corps qui s’effondre, qui est douloureux et plus maitrisable. Le morceau « Host » renforce cette idée, avec cette sensation d’être habité par quelque chose qui n’est pas soi.

Musicalement, le groupe a fait le choix de développer des ambiances cinématographiques pour pallier au mieux le récit. Les riffs de guitare accentuent l’émotion et portent la voix grave de Jessica, tandis que la batterie et la basse structurent l’aspect dramatique des morceaux. Tout est pensé et élaboré pour créer une ambiance dense, lourde et surtout immersive. Et puis, impossible de conclure cette chronique sans évoquer l’incroyable artwork de l’album, avec la représentation de cet escalier, symbole de cette ascension mentale difficile vers une lumière qui pas garantie. Et cet être minuscule représenté au centre, face à lui-même et à la difficulté de sa propre ascension.

Ce premier opus est la preuve que la patience et la ténacité finissent toujours par porter leurs fruits. Avec What If Better Never Comes?, Mallavora trouve un juste équilibre entre rage, fragilité et engagement, et utilise sa musique comme espace de visibilité et de résistance pour les personnes souffrant d’un handicap. C’est un album à envisager comme un cheminement intérieur, on se perd, on lutte puis on renaît. Le groupe transforme ainsi sa propre vulnérabilité en langage artistique et affirme enfin pleinement sa propre identité musicale.

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