EYE OF MELIAN – Entretien avec Johanna Kurkela

A l’occasion de la sortie du deuxième album du groupe Eye Of Melian, Forest of Forgetting, nous avons pu échanger avec Johanna Kurkela, et évoquer avec elle l’univers onirique du groupe. Entre inspirations Tolkieniennes, quête intérieure et communion avec la nature, la chanteuse nous dévoile les émotions et les visions qui ont façonné ce nouvel opus.

Crédit photo : Tim Tronckoe

Bonjour Johanna, comment vous sentez-vous à l’approche de la sortie de ce nouvel album, Forest of Forgetting ?

Johanna : Je pense parler au nom de nous tous en disant à quel point nous sommes enthousiastes et reconnaissants de pouvoir enfin partager ce travail passionné avec le monde ! Nous avons donné notre concert de sortie d’album vendredi dernier, le 20 février, à Zwolle, aux Pays-Bas, et nous nous préparons maintenant à prendre la route pour notre toute première tournée en Finlande, qui débutera le 10 mars dans ma ville, Kitee ! Des moments très excitants.

2025 a été une année particulièrement dense pour vous, avec la sortie du troisième album d’Auri et sa tournée, et la préparation de ce nouvel album. Comment avez-vous réussi à tout concilier ?

Johanna : C’était vraiment une aventure ! Mais une aventure merveilleuse, même. Une année remplie de musique que j’aime, avec les personnes que j’aime, et marquée par deux grands rêves devenus réalité : les tout premiers concerts d’Auri et d’Eye Of Melian. Même si tout cela a demandé un solide sens du multitâche, d’une manière ou d’une autre, tout s’est enchaîné avec une fluidité incroyable ! Grâce à un esprit d’équipe formidable et à beaucoup de travail, nous avons pu optimiser énormément de choses et rendre tout cela possible. Je me sens profondément reconnaissante envers cette belle famille musicale avec laquelle j’ai la chance de partager toutes ces aventures extraordinaires.

Eye Of Melian est un projet profondément inspiré de la fantasy et de l’univers de Tolkien, avec des orchestrations narratives voire cinématographiques. Comment travaillez-vous avec Martijn et Mikko pour que votre voix s’intègre parfaitement dans les orchestrations ?

Johanna : La réponse courte serait : grâce à une profonde confiance, une grande estime et une vraie liberté. Depuis une dizaine d’années, j’enregistre désormais mes propres voix dans mon studio à domicile, ce qui m’a offert une occasion unique d’entrer dans une relation très intime, créative et intuitive avec la musique. Je laisse s’exprimer ce que les chansons éveillent en moi et je suis mon propre fil intérieur vers l’approche qui semble juste pour chacune d’elles. Je me sens immensément reconnaissante pour cette confiance rare et cette liberté que nous partageons tous dans ce groupe. Je ne les considère jamais comme acquises. Elles ajoutent une forme de magie très particulière à la complexité d’Eye Of Melian.

« Forest of Forgetting » explore, entre autres, la frontière entre la lumière et l’obscurité. Quelle place occupe l’ombre dans votre processus créatif ? Est-ce une source d’inspiration ou l’envisagez-vous plutôt comme un défi ?

Johanna : Une source d’inspiration, absolument ! Il ne peut y avoir de lumière sans obscurité, et ce n’est qu’à travers les ombres que nous pouvons vraiment apprécier la puissance et la beauté du soleil. Ce sont les deux faces opposées d’une même pièce qu’est la vie, à laquelle nous sommes tous liés ; les deux extrémités d’un même spectre qui nous accompagnent sur notre chemin vers une sagesse plus profonde et un alignement plus juste avec nous‑mêmes et avec toute forme de vie. J’aime beaucoup ce dicton : « Quand l’élève est prêt, le maître apparaît. » Bien souvent, nos ombres les plus profondes sont nos plus grands enseignants. Comme un ami déguisé, l’ombre arrive toujours porteuse de cadeaux.

Alors que le premier album, « Legends of Light » se concentre davantage sur les légendes, l’héroïsme, et la lumière qui en découle, ce second opus semble très lié à la nature comme symbole de guérison, de transformation. Quel rôle la nature joue-t-elle dans votre créativité ?

Johanna : Je dirais qu’elle joue un rôle majeur. Nous sommes tous la nature. La nature, c’est nous. Avec ce deuxième album, nous espérons justement ouvrir la voie vers une communion encore plus profonde avec ce lien, le pouls de la vie qui bat en chacun de nous. L’idée que nous ne sommes que de minuscules particules dans l’immense corps de l’Univers m’apporte un grand réconfort.

L’écoute de Forest of Forgetting, laisse une part belle à l’imagination et met en éveil notre monde intérieur, en tout cas c’est l’effet que cela a eu sur moi. Cette capacité à éveiller l’imaginaire fait‑elle partie de ce que vous souhaitez transmettre avec cet album ?

Johanna : Merci, c’est très beau à entendre ! Et oui, absolument, tu as parfaitement saisi l’idée. Pour moi, «Forest of Forgetting» représente un lieu où l’on se remémore qui nous sommes vraiment et ce que nous sommes venus vivre ici, à l’origine. Quelle est cette chanson unique dans ton cœur, celle qui t’attire, qui t’éclaire et illumine tout ton être ? La réponse est différente pour chacun d’entre nous. Puissions-nous tous utiliser notre temps sur Terre pour la découvrir, pour notre propre illumination et celle des autres.

L’esthétique de vos vidéos clips est extrêmement travaillée, quelle place occupe l’image dans votre processus créatif ?

Johanna : Merci. Là encore, je dirais que c’est une part tout à fait essentielle. Pour moi, la musique et les éléments visuels sont profondément liés. Des visions me viennent souvent à l’esprit lorsque j’écoute la musique de Martijn. Ce sont elles qui commencent à me guider vers l’écriture des paroles d’une chanson. Je suis presque certaine qu’il en va de même pour Robin lorsqu’elle écrit. J’aime aussi énormément la magie du partage de la musique en live. Cela ouvre un tout autre royaume d’émerveillement, où l’on peut expérimenter et jouer avec l’expression visuelle, en plus des magnifiques clips dont tu parles. Nous avons eu beaucoup de chance de collaborer avec deux équipes visuelles formidables , l’une au Royaume‑Uni (Videoink) et l’autre en Allemagne (Witzki Visions), qui nous ont aidés à transformer la magie de notre musique en images. Pour le premier album, nous n’avions réalisé que des lyrics videos, alors c’était un vrai plaisir, pour la toute première fois, de nous retrouver ensemble en tant que groupe pour tourner de véritables clips.

Patty Gurdy et Troy Donockley, votre comparse dans Auri, participent tous deux aux morceaux « Elixir of Night » et « Dawn of Avatars ». Pouvez-vous nous raconter comment ces collaborations sont nées et ce qu’elles ont apporté à l’album ?

Johanna : Avec plaisir ! Pour Troy, la réponse est simple, c’est un ami très cher qui aime profondément cette musique, et son impressionnant répertoire d’instruments correspond parfaitement à la magie que nous voulions insuffler aux morceaux. Il en va de même pour Patty. Même si nous l’avons rencontrée grâce à cette collaboration, ce fut une évidence, nous avons trouvé en elle une âme sœur artistique, et nous avons tous été enchantés par la beauté envoûtante de sa voix et de son jeu sur l’album. Ces deux contributions magnifiques ont vraiment porté les chansons à un niveau supérieur !

L’album se clôture sur la reprise du titre de Bruce Dickinson « Tears of the Dragon ». Pouvez-vous nous expliquer ce choix et ce qui a guidé votre réinterprétation ?

Johanna : Hah, comme tu peux l’imaginer, tu n’es pas la seule à t’être interrogée sur ce choix ! Pour nous, c’était une manière de célébrer nos racines dans la musique heavy metal, ainsi que notre nouvelle alliance avec le merveilleux label Napalm Records. Même si Eye Of Melian n’est pas un groupe de metal, il existe tout de même une forme de courant énergétique similaire dans ce que nous faisons, et c’était amusant d’explorer cela en insufflant à ce classique magnifique de Bruce Dickinson la magie elfique et éthérée d’Eye Of Melian.

Pour conclure : y’a-t-il un mot, une phrase ou une image qui, selon vous, résume l’âme de cet album ?

Johanna : Connexion. Connexion à notre cœur, à toute forme de vie, à notre essence véritable. Oublier et laisser aller tout le reste , les inquiétudes, le bruit. Retrouver ce foyer auquel nous appartenons, présent en chacun de nous.

EYE OF MELIAN – Forest of Forgetting

Album disponible via Napalm Records

Retrouvez notre chronique de l’album ici

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