SOEN – Reliance

Date de sortie : 16 janvier 2026

Label : Silver Lining Music

Genre : Metal progressif

Si tu aimes : Opeth, Katatonia

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Depuis près de 15 ans, les Suédois de Soen officient comme l’un des groupes majeurs et influents de la scène metal progressif européenne. Fondé en 2010 par le batteur Martin Lopez (ex-Opeth et ex-Amon Amarth) et le chanteur Joel Ekelöf, la formation sort en 2012 son premier album « Cognitive » avec les déjà très réussis singles « Fraccions » et « Savia ». Le groupe a beaucoup de potentiel et, malgré des changements de line-up, reste très productif et sort en 2014 son deuxième album « Tellurian ». Le son du groupe s’étoffe petit à petit grâce à l’arrivée des claviers de Lars EnokAhlund. Les textes prennent eux aussi une tournure différente, alors que jusqu’ici les thématiques abordées étaient philosophiques et introspectives, les membres du groupe dirigent leur plume vers des sujets plus sociétaux. Soen a des choses à dire et tend à utiliser sa musique pour véhiculer des messages qui questionnent et font réfléchir, à l’instar des albums « Lykaia » (2016) et « Lotus » (2019). Les thèmes politiques, Soen va en faire son credo avec la sortie en 2021 de l’album « Imperial », malheureusement freiné dans son ascension par la pandémie. Le groupe critique les structures de pouvoir et les injustices sociales avec beaucoup de lucidité, et pour autant ne prend pas parti, mais observe. Un discours que l’on retrouve dans l’album «Memorial » (2023), avec une approche néanmoins plus nuancée.

C’est donc dans cette continuité, et tandis que le monde part « tranquillement mais sûrement à volo », que Soen prépare la sortie de son septième opus, « Reliance ». Enregistré en 2025, l’album commence à prendre forme dans l’esprit du groupe alors même que « Memorial » sort tout juste dans les bacs. L’année 2025 marque aussi un nouveau tournant dans l’histoire de la formation, puisque leur bassiste Oleksi Kobel décide de laisser sa place à Stefan Stenberg, qui avait quitté le groupe en 2020 pour des raisons personnelles.

Avec « Reliance », Soen ne se contente plus d’explorer les tourments intérieurs ou les dérives du pouvoir mais expose sa vision de la condition humaine, de la société, des relations et de ce qui nous relie les uns aux autres. Les dix titres qui composent cet album s’inscrivent dans cette volonté de transmettre un message, d’inviter l’auditeur à ralentir, à écouter, et à comprendre.

Comme souvent dans l’univers du groupe, toute la dynamique de l’album repose sur l’équilibre entre puissance et retenue, le morceau « Mercenary » en est un bon exemple. Le texte y dénonce les mauvais choix collectifs, la facilité déconcertante avec laquelle nos dirigeants peuvent accéder au pouvoir. Le titre a pourtant failli ne jamais voir le jour car trop difficile à structurer, à mettre en place. Sa composition alterne entre ton saccadé, presque militaire, un refrain fédérateur et une certaine mélancolie. Les breakdowns viennent briser la douceur, alors que la voix de Joel Ekelöf et les claviers apportent un peu de lumière.

Le titre « Discordia » incarne toute la palette émotionnelle du groupe. On peut y percevoir une tension constante entre les instruments, entre force et vulnérabilité. Dualité que l’on retrouve également sur le titre « Huntress ». Première ballade de l’album qui reste dans la puissance. À l’inverse, les titres « Unbound » et « Drifter » comptent parmi les plus frontaux de l’album. « Drifter », l’un de mes coups de cœur, impose par la qualité de ses riffs une ambiance forte, très métal.

Le titre « Indifferent » est LA ballade de l’album, celle qui nous offre un moment de respiration. Un titre bercé de nostalgie qui met en lumière la maîtrise vocale de Joel Ekelöf.  Le chanteur aime sortir de sa zone de confort et nous le prouve une fois de plus ici et sur l’ensemble des titres. Il alterne entre puissance, douceur et mélancolie, comme s’il cherchait constamment à repousser les limites de son propre registre.

La force de cet album repose également sur le rôle des instruments. La batterie de Martin Lopez sculpte chaque morceau avec une précision chirurgicale. Les claviers, tissent des nappes atmosphériques et orchestrales et accompagnent la voix dans les moments les plus lumineux. Les solos de guitare sont omniprésents et ponctuent presque chaque titre, c’est à mon sens le seul petit bémol de cet opus car ils donnent l’impression que tous les morceaux sont sur le même schéma musical.

L’album se conclut en douceur avec le titre « Vellichor », (ndlr : terme qui renvoie à la nostalgie des histoires que l’on n’a jamais vécues). C’est un final d’une grande poésie qui nous plonge dans une ambiance mystérieuse et cinématographique, porté par des effets de voix presque fantasmagoriques. Un album qui se conclut par un vrai petit bijou.

Avec « Reliance », Soen reste fidèle à l’essence même de sa musique, en produisant un album plus heavy et beaucoup plus frontal. Le groupe s’est appuyé sur l’identité musicale qu’il s’est construite depuis ses débuts, avec un son plus personnel album après album, ce qui lui permet de continuer à expérimenter dans ses compositions sans rien perdre de son essence. Soen maîtrise son style et nous offre ici un album lucide qui maintient aussi bien l’équilibre entre obscurité et lumière, et qui défie la noirceur en refusant catégoriquement de s’y noyer, car c’est aussi ça la musique, insuffler une forme de lumière, un souffle positif dans le chaos !

Artwork : Le Nevraglie Costanti

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