SAINT AGNES – Your God Fearing Days Are About To Begin

Date de sortie : 29 mai 2026

Label : Spinefarm Records

Genre : Metal industriel

Si tu aimes : Nine Inch Nails, The Kills

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« Un soleil qui revient après une nuit entière à danser dans un nightclub», c’est avec cette métaphore que Kitty Arabella Austen, chanteuse et guitariste du groupe Saint Agnes, nous présente la dynamique de ce troisième album, « Your God Fearing Days Are About To Begin ». Car la trajectoire du groupe n’a pas été de tout repos. C’est en 2014, que le guitariste Jon Tufnell découvre Kitty sur scène, au hasard d’un concert, avec son groupe Lola Colt. C’est un coup de foudre artistique qu’il décide d’exploiter en lui proposant de composer avec lui. Saint Agnes, du nom d’un village des Cornouailles réputé pour son spot de surf, est en train de naitre. Les débuts sont compliqués voire chaotiques, sans un sou en poche, le groupe enchaîne les répétitions dans des squats mais peaufine peu à peu son jeu et son identité musicale. En 2015, ils sortent leur premier EP « Live Under London », suivi en 2018 de « The Death or Glory Gang ». Puis en 2019, ils dévoilent leur premier album, « Welcome to Silvertown », très inspiré d’un rock garage aux influences blues, très loin de leur univers actuel. Saint Agnes cherche son style, expérimente, et se laisse porter musicalement par ses envies créatives. Puis arrive la pandémie, le groupe profite de cette pause forcée pour être productif, écrire et composer. Deux EP naissent de cette période, « The Family Strange » et « Vampire », où l’esthétique vampirique et gothique commence à s’imposer. Peu à peu, leur son se durcit, s’assombrit, glisse vers un univers plus agressif. Leur deuxième album, « Bloodsuckers » confirme ce virage. C’est un opus marqué par le décès de la mère de Kitty quelques semaines seulement avant le début de l’enregistrement. Une période extrêmement douloureuse pour la chanteuse, qui va marquer sa manière d’envisager son chant et son rapport à la musique. C’est aussi l’album qui scelle définitivement leur bascule vers un métal plus industriel et abrasif, et qui conduit le groupe sur la scène du Hellfest en 2024, une jolie récompense pour ses dix ans d’existence.

Le processus de création du groupe repose sur une organisation précise. Jon compose et accumule les riffs, tandis que Kitty écoute, produit et surtout visualise. Chaque morceau correspond à un univers qu’elle se crée, qu’elle imagine. Pour ce nouvel opus, elle s’inspire d’un nouveau mindset, elle revient à un équilibre mental beaucoup plus lumineux, sa part d’ombre et sa rage se sont déjà largement exprimées sur l’album précédent. Ici, elle chante davantage et se montre fragile, douce, sans être constamment dans la saturation.

« Your God Fearing Days Are About To Begin » explore ainsi la beauté, la résilience et aussi la tristesse. Le groupe y introduit plus d’électronique et de textures. L’album est aussi traversé par le climat politique actuel. Le titre fait une référence directe à la montée de l’extrême droite, aux lois anti‑avortement, aux dérives autoritaires, en résumé à la violence du monde. Les compositions sont inspirées de l’époque que nous vivons, de cette sensation d’un monde qui s’enfonce dans la noirceur mais où garder espoir devient un acte essentiel.

Musicalement, on alterne dès le premier titre, « Good Boy », entre moments d’accalmie et accélérations saturées. Ce contraste nourrit tout l’album. Le titre « The Ghost », avec son indus sombre et son refrain rythmé, montre comment le groupe intègre plus de pulsation et de mouvement à sa musique. Le morceau « The Father, The Son and The Holy Beast » met en avant la fascination de Kitty pour l’iconographie chrétienne, avec sa voix qui murmure « I’m right here, don’t be scared » comme une prière, un rituel. Le titre « The Beast » est le plus intime de l’album, car c’est celui où Kitty affronte son deuil non plus dans la colère, mais dans l’acceptation. Le piano d’ouverture, la montée en pression progressive et la répétition de « I don’t want to feel this anymore », Kitty nous confie la cohabitation avec son propre monstre intérieur. Cette fragilité se prolonge dans « Song For Mia », une véritable parenthèse pop abrasive, où les synthés et la réverbération installent une esthétique dark et gothique.

Le morceau « Everything You Denied » évoque la reconstruction à la suite d’une emprise. Avec une intro rappelant l’univers des Chemical Brothers, Kitty emploie des phrases courtes et martelées presque comme un mantra. Elle y scande « I was always enough » avec une détermination mécanique, comme si elle se reprogrammait après avoir été brisée. Cette lutte intérieure se poursuit sur le titre « The Blood Beat (Angel in the Marble) », où les beats mécaniques et les guitares saturées incarnent une tension permanente, c’est le titre le plus frontal de l’album. Sur « Gods of War », le groupe utilise ses instruments pour poser un décor. Un riff d’alarme ouvre le morceau et contraste avec la voix aérienne de Kitty. Sur « Get Them Out », nous sommes entrainés dans un bolide lancé à pleine vitesse, comme si on entendait les pneus crisser, comme une course contre la montre. Puis « Where Do I Begin ? » referme l’album sur une note plus apaisée, comme un souvenir d’enfant qui résonne, malgré des nappes synthétiques inquiétantes qui viennent noircir le tableau. C’est l’un des rares titres où la voix de Kitty ne porte aucune tension, comme une douce mélancolie un peu sombre.

Avec « Your God Fearing Days Are About To Begin », Saint Agnes signe ici une étape audacieuse dans son évolution musicale, avec un son qui s’affirme et qui se transforme au fil des albums. Le groupe transpose ses ressentis et ses émotions en énergie physique et nous propulse sur un dancefloor aux allures sombres et gothiques. Un album plus texturé et beaucoup plus éclectique, où les contrastes s’attirent. Une nouvelle direction, donc, qui confirme la capacité du groupe à constamment se réinventer sans perdre de son intensité.

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