
Date de sortie : 3 avril 2026
Label : Klonosphere
Genre : Metal progressif / metal cinématique
Si tu aimes : Jinjer, Deftones, Gojira, Devin Townsend
« NO WAY OUT ! » Trois mots, trois screams ouvrant le titre « Moon » suffisent à nous plonger dans l’ambiance du nouvel EP « Existence » de No Terror in the Bang. Formé en 2019 à l’initiative du batteur-compositeur Alexis Damien et de la chanteuse Sofia Bortoluzzi, le quintet rouennais s’est imposé sur la scène métal française grâce à une identité musicale forte, autant nourrie par le métal que par le cinéma. Leur nom, emprunté à une citation d’Alfred Hitchcock « There’s no terror in the bang, only in the anticipation of it » résume leur approche artistique à savoir jouer sur les tensions, sur l’attente, sur les contrastes. Chacun de leurs projets s’inscrit dans une continuité narrative. Si leur premier album, « Eclosion », sorti en mars 2021, touche au personnel en relatant un voyage introspectif, « Heal », leur second opus sorti en janvier 2024, axe davantage son propos sur la notion de lutte (contre les diktats, contre soi-même). Avec « Existence », le groupe poursuit sa démarche conceptuelle en articulant son discours à travers cinq nouveaux titres réunis autour d’un même thème, celui d’une humanité qui s’effrite, qui se débat, qui vacille, qui se contredit, et qui finit souvent par se blesser elle-même. Toute ressemblance avec notre époque actuelle serait-elle fortuite ?
Chaque titre aborde donc cette notion sous un angle différent. Le titre « Moon » ouvre le bal avec cette idée d’enfermement mental, où l’homme est confronté à une absence d’issue tout en continuant de lutter malgré tout. L’humain dans toute sa contradiction. « Heroïne » rappelle que beaucoup de ce qui nous menace vient de nous-mêmes. Nous sommes responsables de notre propre chute. Le mot lui‑même joue sur une ambiguïté, évoquant à la fois le héros et l’addiction et où l’être humain peut-être simultanément le poison et le remède. « Goat » explore le moment où, confrontée à la réalité, l’admiration se fissure et où nos modèles vacillent et s’effondrent, c’est la chute des Idoles. Le morceau « Human Race Kills » souligne que nous sommes bel et bien les artisans de notre propre destruction, tandis que le titre « Chasm » conclut l’EP en nous rappelant que, même face à la mort, nous finissons tous de la même manière, quelles que soient les hiérarchies que nous avons construites tout au long de notre vie.
Si les thèmes sont sombres et lucides, musicalement le groupe choisit de les incarner avec une précision cinématique. Chaque morceau a sa propre dynamique. Alors que « Moon » entre dans le vif du sujet de manière frontale, ne vous fiez pas pour autant à la douce et mélancolique intro acoustique du morceau « Heroïne », c’est un leurre, car, à grand renfort de riffs, celle-ci se fracasse à l’issue de la première minute. Le titre « Goat » joue sur les contrastes en alternant les accès de rage profonde et les passages plus mélodiques, tandis que nous sommes précipités malgré nous dans une chute libre sur le titre « Human Race Kills », où toute l’orchestration et la structure du morceau visent à nous plonger dans le vide et à nous préparer à atterrir dans les abîmes les plus profondes du titre « Chasm ».
Chez No Terror In The Bang, chaque instrument semble jouer un rôle bien défini, comme s’il dessinait les contours d’une scène que nous ne voyons pas mais que nous pouvons ressentir. Quant à Sofia, elle navigue avec une aisance remarquable entre chant clair mélodique et scream maîtrisé. Elle incarne tour à tour la fragilité, la colère, la lucidité ou encore la résignation.
Enfin, impossible de passer à côté du visuel de cet EP. Le groupe a choisi de faire appel une nouvelle fois au talent de Louise Dumont pour la réalisation de l’artwork, déjà autrice des covers des deux albums précédents. Elle signe ici la représentation d’un corps masculin non identifiable, les mains ouvertes en guise de reddition, le dos transpercé de débris de verre et entouré de barbelés, comme s’il s’agissait d’une métaphore de l’humanité piégée par elle-même.
No Terror In The bang rassemble avec « Existence » tout ce qui fait la singularité de l’univers du groupe. Un EP viscéral, émotionnel, voire philosophique, qui interroge notre humanité dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus contradictoire. Les cinq morceaux fonctionnent comme des courts métrages portés par un métal narratif et cinématique, et par une voix qui navigue entre fragilité et rage. « Existence » fonctionne comme un miroir tendu à l’auditeur, et une chose est sûre c’est qu’on en redemande encore.
Artwork : Louise Dumont
