
De son premier album aux inspirations black metal, jusqu’au dernier tourné vers le rock progressif, Moonspell a su tout au long de sa carrière expérimenter, surprendre, et parfois décevoir. La direction musicale de chaque nouvel album reste toujours incertaine avant une première écoute. Aujourd’hui, après cinq ans d’absence, la référence du metal portugais est enfin de retour avec Far From God.
Avec seulement 8 titres (pour malgré tout 45 minutes au total), Moonspell opte pour la qualité plutôt que la surproduction. Après un passage à vide dès la sortie de Hermitage en 2021, un album aux influences progressives qui avait autant séduit que divisé, le groupe a pris le temps nécessaire à la réflexion, travaillant sur des albums live en attendant le retour de l’inspiration. En résulte donc en 2026 ce quatorzième disque, présenté comme le pendant moderne de Irreligious, album culte sorti il y a déjà trente ans. Si le parallèle entre les deux albums n’est pas évident à la première écoute, notamment en ce qui concerne la production, on peut néanmoins appréhender Far From God comme une nouvelle définition du metal gothique mélodique, entre romantisme, religion et explorations de territoires plus sombres, comme le suggère la pochette où un dernier baiser est échangé sur un échafaud.
« Cross Your Heart » débute l’album. La guitare de Ricardo Amorim cisèle une mélodie sur laquelle se pose la voix grave et reconnaissable de Fernando Ribeiro, qui évoque la mort et le passage vers une autre vie. De quoi mettre immédiatement dans une ambiance sombre. Sans jamais virer vers le lugubre, les textes questionnent et invitent à l’introspection. « Far From God », au thème vampirique, continue dans la même veine, mais la basse prend le lead sur la mélodie.
Après ces deux titres, qui forment une sorte d’introduction axée sur l’aspect mélodique, faciles d’écoute (les deux ont été présentés en tant que singles), l’album commence progressivement à mener l’auditeur sur un chemin plus obscur. « Biblical » débute avec une section rythmique mise en avant, mais restant sur la retenue, créant une atmosphère mystérieuse, avant un final plus intense où la voix de Fernando, proche du murmure, devient plus agressive. Vient ensuite « The Great Wolf In The Sky », peut-être la pièce maitresse de l’album. Plus sombre, le morceau bénéficie d’une ambiance gothique renforcée par l’ajout des cordes d’Alicia Nuhro et d’un travail réussi sur les claviers de Pedro Paixão. Le chemin continue, la lumière s’amenuise, mais il n’est plus possible de faire demi-tour. « Your Promise of Light » évoque la désespérance, la désillusion sur un metal agrémenté de claviers hypnotiques, entre dark et progressif. Une réussite.
« For The Love of Mortals » offre une accalmie quelques instants. Débutant par un trio batterie-voix-clavier assez doux, le morceau se rapproche de la ballade, pour finalement s’en éloigner en seconde partie, lorsque l’instrumentation tend vers un rock typé 80s. Comparé au morceau suivant, le contraste est saisissant. « Our Freedom To Fall » revient vers un metal gothique pur, sombre et agressif, via une rythmique proche du doom et l’alternance chant clair / growls si typique du genre. « Reconquista », dernier morceau de l’album, enfonce le clou en proposant un final sombre, mélancolique, refermant cet opus par trois mots devenus la devise du groupe : « Under The Spell ».
Si les premiers morceaux peuvent laisser perplexe, car éloignés d’un metal ténébreux, l’album rassure en suivant une progression vers la noirceur, gagnant en intensité. Comme si Moonspell reprenait d’où il s’était arrêté pour retourner explorer son passé. Difficile de savoir si Far From God sera aussi marquant qu’Irreligous dans la discographie de Moonspell. Le temps nous le dira. En attendant, le groupe lusitanien prouve qu’il n’a pas perdu ses talents d’écriture et reste un incontournable de la scène dark metal.
