
Label : Les Acteurs de l’Ombre
Date de sortie : 6 novembre 2026
Genre : Black Metal
Graines est la deuxième sortie du groupe Les Chants de Nihil sur le label Les Acteurs de l’Ombre. Portée depuis 2007 par Jerry, son fondateur et principal compositeur, la formation bretonne sort ici un album singulier, féroce, et qui ne laissera aucun amateur de musique sombre indifférent. Avec des textes travaillés, en français, Graines est une petite pépite verte, très bien écrite, dans le paysage des musiques sombres.
Je connaissais assez mal le groupe : c’est parce que mes petits oisillons m’ont murmuré à l’oreille qu’il fallait absolument que je l’écoute, que la graine fut plantée et que mes oreilles furent éduquées aux riffs des Chants de Nihil. Après avoir écouté une partie de la discographie, c’est donc avec délectation que j’entame l’écriture de cette chronique. J’avais apprécié ce que j’avais écouté auparavant, malgré quelques reproches concernant les longueurs et les répétitions. Je préviens d’emblée : pas de ça ici. Huit pistes de Black Metal composent Graines, réparties en deux parties.
« Ignares » ouvre l’album comme on ouvre une porte lorsqu’on est un peu énervé : six minutes de Black Metal de tradition francophone, un poème de riffs et de blasts porté par un texte fleuri. Le ton est donné d’emblée, avec une composition qui va droit au but et pose les premières pierres de ce disque… Enfin, que dis-je : plante la première graine.
L’enchaînement avec « Saigner » se fait naturellement, dans un prolongement de décibels, mais apporte toutefois ce que j’aime sur cet album : des voix claires, ultra-chantées, qui prennent des allures d’opéra. La composition accompagne le texte et inversement, dans un équilibre qui fonctionne à merveille.
« Garnies » vient casser la dynamique Black Metal et troubler l’auditeur. Le titre lorgne parfois vers le hardcore (du black core ?) et son texte, disons, réservé à un public averti, me surprend un peu trop… Je ne suis ,en effet, pas un fan absolu de ce genre de composition musicale. Avec « Regains », on retrouve un terrain que j’apprécie davantage : le morceau plonge dans un chaos sonore où la basse occupe une place de choix, apportant une couleur presque jazzy et décadente à l’ensemble.
La première partie du disque s’achève avec « Regains ». Les quatre mouvements de Graines prennent alors le relais et donnent à l’album une tout autre ampleur.
« Graines I : L’imprégnation » reprend le fil avec un véritable bijou de Black Metal. Ça coupe, ça blast, ça hurle, ça chante : un concentré d’émotions porté par un texte, une fois encore, particulièrement bien écrit. J’apprécie énormément la partie chantée. L’exercice est périlleux, mais le groupe trouve le juste équilibre. Un interlude instrumental vient ensuite apaiser le jeu avant une reprise tout en douceur, qui lorgne vers le post-black.
« Graines II : Le Temps Suspendu » prend le relais au piano. Cet instrumental prépare idéalement l’entrée de « Graines III : L’étincelle Primale », un morceau de Black Metal mid-tempo qui frôle les dix minutes.
Si j’avais parfois trouvé quelques longueurs sur les précédents albums du groupe, je ne ressens pas ici le besoin de consulter l’heure : le morceau se déploie sans perdre mon attention.
La partie chantée, presque pop, risque de troubler plus d’un auditeur. Mais c’est aussi ce qui fait la singularité du morceau et de Graines. Si vous êtes amateur de productions à l’ancienne et de chant rauque inaudible, Les Chants de Nihil et cet album ne sont clairement pas pour vous. À force d’écoute, je me prends à chanter et à fermer les yeux : « Graines III : L’étincelle Primale » est superbe.
Le dernier mouvement vient ensuite mettre à terre tout ce qui reste. Cinq minutes de pur Black Metal, une déferlante de violence sonore qui rappelle que la douceur n’a jamais été la seule arme du groupe. « Graines IV : Pour un Ailleurs » clôt l’album sur un gros solo heavy. La graine a germé : quelle est la suite ?
Graines est un très bon album. Encore une fois, LADLO sort une production qui incitera l’auditeur à revenir encore et encore. La langue française apporte une touche vraiment unique à ce disque : poésie, rage, le tout sur du Black Metal ultra-maîtrisé alternant deux techniques de chant. Vivement la suite : Les Chants de Nihil proposent ici leur meilleur opus.
