
Date de sortie : 5 juin 2026
Label : Sony / Columbia
Genre : Rock / Neo-metal
Si tu aimes : Linkin Park, Breaking Benjamin, Halestorm, Poppy, Bad Omens, Charlotte Wessels.
Cinq ans après le très attendu « The Bitter Truth », qui m’avait un peu laissée sur ma réserve, Evanescence revient avec « Sanctuary », son sixième album studio. Un retour pour le moins fracassant qui prouve qu’à l’aube de ses trente ans de carrière, le groupe tient toujours le cap et a su conserver cette identité immédiatement reconnaissable, forgée de la voix angélique et de la plume mélancolique d’Amy Lee, de guitares massives et d’une esthétique à mi-chemin entre le lyrisme et le gothique. Loin de moi l’idée de retracer la carrière extrêmement riche et mouvementée du quintet, mais force est de constater qu’Amy a su garder le navire à flot, et ce malgré les intempéries et les nombreux changements de line-up. Ce nouvel album ne fait pas exception à la règle, puisqu’il inaugure l’arrivée de l’Australienne Emma Anzai (ex Sick Puppies) à la basse.
Ce nouveau projet marque un tournant créatif pour le groupe, car pour la première fois Amy Lee décide de changer sa manière de composer et de produire sa musique. Fini le « control freak », elle veut innover et déléguer. Elle choisit donc de s’entourer de trois producteurs de la scène rock et metal : Nick Raskulinecz, producteur historique du groupe qui a notamment travaillé pour Stone Sour, Korn ou encore Deftones, Jordan Fish (ex BMTH) et Zakk Cervini, deux figures du metal moderne connues pour leur participation aux albums d’Architects, Poppy et Bad Omens. Trois acteurs, trois philosophies différentes pour mettre en musique un disque de douze titres, profondément personnel, traversé par la colère, la lucidité, et la vulnérabilité. Un album qui ne s’est pas fait sans mal, puisqu’il a fallu trois ans pour l’écrire et le composer, trois années non linéaires entrecoupées de tournées, de projets et de collaborations parallèles (B.O du film « Ballerina », collaboration avec Poppy et Courtney Laplante sur le titre « End Of You » …).
Un album politique presque malgré lui, puisqu’Amy écrit sur ce qui la révolte. Il est vrai qu’entre le passage de Trump au pouvoir et la montée de la violence, elle a largement l’embarras du choix. Cet album devient donc un espace de résistance où la chanteuse, lucide, exprime son refus de se résigner.
Musicalement, « Sanctuary » s’ouvre avec le titre « Beautiful Lie » et son intro de nappes aériennes, qui se fissurent dès les premières paroles « I don’t belong to you », six mots qui vont ponctuer tout le morceau. Les guitares sont agressives et la batterie martèle le rythme. Ce premier titre pose donc le ton de ce qui va suivre. La tension se prolonge dans « Tell Me When You’ve Had Enough », qui s’ouvre sur une guitare qui cogne, qui frappe. Une évolution dans le son du groupe, avec des guitares beaucoup plus massives et punchy qu’auparavant. Amy scande le titre à la fin du refrain, comme un avertissement, tandis que la répétition de « Where’s the line, where’s the line » installe une obsession. Où est la limite entre ce que nous acceptons et ce que nous ne pouvons plus supporter ?
Sur le titre « Who Will Follow You », Amy parle de la violence du monde actuel, d’un univers saturé d’informations où il est difficile de se fier à ce qui est réel. Le titre est une critique implicite de notre époque, qui pousse à la conformité au détriment de notre identité. Sur le titre « Rapture », on retrouve une ambiance cinématique avec cette impression d’être plongé au cœur d’un conte gothique. Le morceau repose sur « I saw the light », répété inlassablement par Amy, et qui fait office de révélation et de lueur d’espoir. Avec « Afterlife », écrit pour la série Netflix « Devil May Cry », on retrouve bien l’ADN d’Evanescence. Un morceau à la montée dramatique qui alterne entre couplets retenus et refrains explosifs. Puis le titre « Sanctuary » s’ouvre dans une ambiance inquiétante, on retrouve les nappes électro qui instaurent un climat angoissant, ponctué par des effets de voix filtrées. Un titre à l’aspect dramatique mais au texte plein d’espoir, qui glisse peu à peu vers une énergie plus lumineuse, comme un refuge-sanctuaire au milieu du chaos. Le morceau « How Do I Heal » apporte une respiration. Il arrive comme une pause dans la dynamique de l’album. C’est une ballade piano/voix, mélancolique, centrée sur le deuil et le lien qui persiste avec les disparus.
Puis, la colère refait son apparition sur les titres « About Us » et « Calm Down », avec toujours cet aspect cinématique et des textures sombres qui participent à la dramaturgie des morceaux. Dans « Self Destruct », Amy décrit une société qui s’autodétruit. « Hate is the drug killing us » résume le constat, la haine devient le moteur d’une chute que chacun alimente.
Le titre « Forever Without You », seconde ballade piano/voix de l’album, repose en majeure partie sur la prestation vocale d’Amy. Le refrain « But I lost my mind » est un cri du cœur, avec un appui sur « I » et « mind » qui accentue la douleur. Le morceau évoque notamment la mort de son frère Robbie et les traumatismes liés l’ère « Fallen ».
Enfin, le titre « Wide Open Heart » clôture l’opus avec une dernière note de résilience. Le morceau parle d’affronter le monde, de porter son poids sans se fermer. Une réflexion existentielle, un appel à rester humain, sensible, ouvert et presque philosophique.
Avec « Sanctuary », Evanescence signe un nouveau chapitre qui, malgré ses ombres, regarde résolument vers la lumière. En collaborant avec de nouveaux producteurs, le groupe nous propose un album qui gagne en ambiance, en relief, qui offre un son renouvelé, plus texturé, plus immersif. C’est un disque traversé d’un optimisme discret mais tenace. Au final, Evanescence nous livre un opus où la noirceur n’est jamais une fin en soi, mais où elle devient le point de départ d’une quête de clarté et de libération, un chemin qui tend à ne pas céder au désespoir. Un disque qui embrasse la peur pour mieux en révéler la lumière.
