
Date de sortie : 16 octobre 2026
Label : Autoproduction
Genre : Metal progressif engagé
Si tu aimes : Matrass, No Terror In The Bang, Jinjer
Si en sanskrit le terme Sangham évoque la confluence de plusieurs cours d’eau, en musique, il désigne un groupe de metal originaire de Marseille qui base son identité sur la fusion de différents courants comme le djent, le metal progressif, le metal moderne et le death. Né d’une rencontre en 2018 entre Christelle Meunier (chant et lyrics) et Cyril Lhuillier (composition et guitare), le projet Sangham prend son envol en 2020, en pleine période de Covid. Vite rejointe par Caliste à la basse et Florian à la batterie, la formation sort son tout premier album, Intangible, en octobre 2021 chez Klonosphere. Composé de sept morceaux, il permet déjà au groupe d’imposer sa signature. Des compositions aux multiples ambiances, en passant par une symbiose entre chant clair et growl massif, Sangham se caractérise également par le tempérament très engagé de ses textes et s’interroge notamment sur la place qu’occupe l’être humain dans l’univers. L’engagement, Sangham en a fait son credo, voire une mission qu’il poursuit avec la sortie de The Radiant Crown, un second album beaucoup plus incisif et frontal dans sa composition, mais aussi dans les thèmes abordés, puisque le groupe concentre son propos sur notre façon d’habiter le monde. Un opus autoproduit qui marque aussi une nouvelle étape dans l’histoire du groupe avec un changement de line-up, puisque Paul Gavoille et Antoine Balzé rejoignent le projet respectivement à la basse et à la batterie.
Ainsi, huit titres composent ce nouvel opus avec pour fil conducteur une même interrogation, celle de la place très problématique que l’être humain s’est octroyée au sein du vivant. The Radiant Crown renvoie donc à cette couronne lumineuse devenue symbole d’un règne autoproclamé. Mais sous la plume de Christelle, ce règne prend l’aspect d’une domination aux multiples visages. Qu’il s’agisse d’une critique de notre société de consommation (Insatiable Ogre), de notre incapacité à apprendre de nos erreurs (The Last Kings), de notre volonté de tout comprendre et maîtriser (Terrestrial Astronaut) ou de l’exploitation et la souffrance animale (Our Vain Pleasure), Sangham nous confronte directement aux conséquences de nos comportements. La Tour Dorée, seul titre en français de l’album, déplace cette réflexion vers notre propre enfermement, celui d’un confort qui nous éloigne peu à peu du vivant, tandis que le titre Listen, inspiré par la maladie qui touche l’audition de Christelle, explore la vulnérabilité et la réconciliation avec soi-même. Le titre écoféministe Reclaim est un véritable acte de résistance puisqu’il explore la reconquête de soi, l’émancipation et la volonté de reprendre possession de son corps et de sa propre liberté. Mais derrière les dénonciations se dessine aussi une voie plus lumineuse et philosophique, celle proposée sur le titre Elevation, une très belle conclusion à l’album qui nous invite à une prise de conscience profonde, celle où l’être humain comprend qu’il fait partie d’un vaste ensemble où toutes les formes d’existence forment un tout.
Chez Sangham, la musique est au service des textes, elle en prolonge le sens et surtout l’émotion. À commencer par le rôle des instruments et leur jeu constant de contrastes entre puissance et mélodies. Le groupe frappe dès Insatiable Ogre, titre d’ouverture, où l’on retrouve une batterie qui cogne et des riffs incisifs, comme si on était pris en otage dans une course-poursuite. L’apparition de voix fantasmagoriques en milieu de composition vient créer une respiration inattendue avant que le titre ne retrouve son élan. Une ambivalence que l’on retrouve, entre autres, sur The Last Kings, un morceau entre puissance et moment d’accalmie, alors que le titre Reclaim se distingue par une orchestration et des riffs aux sonorités orientales. Sur l’ensemble de l’opus, la batterie et la basse apportent beaucoup de profondeur aux compositions, tandis que la guitare oscille entre riffs révoltés et sonorités beaucoup plus aériennes.
Cette dualité entre lumière et chaos se retrouve également au niveau des voix de Christelle et de Cyril. Tout au long de l’album, le chant clair et le growl entretiennent un dialogue permanent entre mélodie, sensibilité et colère. À l’instar du morceau La Tour Dorée, qui débute comme une balade mélancolique avant que le growl ne vienne progressivement en bouleverser l’équilibre. Sur The Radiant Crown, le chant clair et le growl ne se contentent pas de s’opposer, ils se répondent, et se rejoignent même parfois pour ne faire qu’un, comme sur le titre Reclaim. Les deux registres sont complémentaires.
Mais l’une des forces de cet album réside dans le soin apporté à ses ambiances. Le titre Terrestrial Astronaut installe un climat brumeux, un peu comme si nous étions transportés dans une nébuleuse angoissante. Sur Our Vain Pleasure, nous prenons la place d’un animal exploité et torturé. Sangham installe alors un climat particulièrement anxiogène qui nous entraîne dans une position d’impuissance et de vulnérabilité. Listen est traversé par une sorte de sifflement étouffé proche d’un acouphène dont les réapparitions successives deviennent obsédantes. Toutes ces ambiances sont travaillées pour renforcer les thématiques et nous permettent d’être complètement immergés dans l’univers des morceaux.
Avec The Radiant Crown, Sangham nous propose un album ambitieux, plus frontal, incisif et engagé. La formation défend ses valeurs sans jamais sacrifier l’exigence artistique. Restant fidèle à ses convictions, le quatuor nous livre un opus qui interpelle, qui nous invite à remettre en question nos propres comportements et à porter un regard différent sur le monde qui nous entoure.
Artwork : Aurélie RAIDRON
