HAYOKAN – Heart of the forest

Date de sortie : 8 mai 2026

Label : Klonosphere

Genre : Metal progressif/ Metal expérimental

Si tu aimes : Meshuggah, Polyphia, Igorrr

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Initié en 2025 par Danny Lee, batteur des groupes Dysmorphic et Final Shodown, Hayokan est un projet tourangeau nourri par des influences artistiques multiples, littéraires et philosophiques. Une initiative expérimentale qui mêle aussi bien le métal progressif que des ambiances cinématiques, l’électro, et les musiques du monde. Ce projet trouve son origine dans le parcours pluriculturel de Danny Lee, qui passe son enfance dans un environnement où l’art occupe une place centrale, avec un père artiste peintre et professeur d’arts plastiques. Danny Lee poursuit des études de lettres et de musique, et consacre également son énergie à participer à l’organisation d’événements culturels comme des festivals. C’est au fil de ses expériences et de ses rencontres qu’il se constitue peu à peu un réseau d’artistes, devenu le socle collaboratif d’Hayokan. Autour de Danny, qui officie à la batterie et aux percussions, on retrouve, entre autres, Pierre Danel (Kadinja, Novelists) à la guitare, Vivien Cheneveau (Carmen Sea) à la basse, et, Louis Viallet (Impureza) aux orchestrations, pour ne citer qu’eux. Après deux premiers EP, l’instrumental et cinématique « Of bliss and Anguish » publié en 2025, et « Songs of the Uncanny » sorti en 2026, inspiré par l’électro, les bandes originales de films et la littérature américaine contemporaine, Hayokan revient avec l’EP « Heart of the Forest », un titre choisi en hommage à l’œuvre picturale du père de Danny, Sam Lee, qui signe également la pochette. Un clin d’œil familial et artistique qui place l’EP dans une démarche où la musique dialogue avec l’image.

Car Hayokan fonctionne avant tout comme un univers conceptuel. En mélangeant les genres musicaux, « Heart of the forest » repose sur un schéma où le métal incarne l’impact, l’énergie, tandis que l’orchestration porte l’émotion, et la profondeur. Au cœur de cette dynamique, on retrouve le « Sound Design ». Il a pour rôle de relier les différents styles musicaux entre eux pour créer à la fois une cohérence musicale et une ambiance, une tension, une immersion dans le morceau. Grâce à lui, on n’écoute pas simplement un titre, mais on traverse littéralement un paysage sonore.

On retrouve ce concept dès le morceau d’ouverture « A Hobson’s Choice ». Composé en quatre ans, peu de temps après le confinement, le titre fait écho aux travaux du psychanalyste Erik Erikson, qui a mis en lumière la notion de crise d’identité. Hayokan traduit cette tension psychique dans ce titre avec une première version instrumentale en 2025, puis une seconde en 2026, enrichie des voix de Sylvain Connier, du groupe Dali, et Charley Gouverneur, du quatuor Soul Splitter. On se retrouve, ici, complètement immergé dans un véritable tiraillement intérieur. Avec « Uncanny Nonentities », Hayokan plonge dans la psyché freudienne. Le titre désigne des fragments d’identité, quelque chose de mystérieux, difficile à saisir, à expliquer. Le morceau lui-même est fragmenté en trois parties. Une première partie, avec une base très métal, accompagnée du didgeridoo de Sylvain Bamdara, qui ouvre une brèche dans le chaos et laisse place à une orchestration lumineuse et légèrement fantasmagorique. Fusionnée à l’orchestration, la seconde partie glisse vers des rythmes bien plus électro, voire vers la transe. Pour terminer par une troisième partie qui laisse plus de champ libre à l’orchestration. Les trois parties réunies en font le morceau le plus expérimental de l’EP.

« The Nightmare of Being », référence à l’angoisse existentielle d’Heidegger, est sans doute le titre le plus frontal de l’EP. C’est une composition guidée par le didgeridoo de Dubravko Lapaine comme ligne conductrice. Les percussions sont très découpées, les riffs sont saccadés et tournent en boucle comme une spirale. C’est le morceau qui se rapproche le plus, à mon sens, de l’univers d’Igorrr, avec une dramaturgie rythmique qui nous donne cette sensation constante d’être bousculé.  

Avec le titre « Freaks of Salvation », on retrouve les riffs saccadés de « The Nightmare of Being », mais l’orchestration y occupe davantage d’espace. Les chœurs, les envolées lyriques, la montée cinématique, laissent plus de place à l’émotionnel. La boucle de riffs installe une tension continue, presque obsessionnelle.

Enfin, « Know Thyself », le fameux “Connais‑toi toi‑même” de Socrate, permet à la batterie de jouer le rôle principal, comme la véritable colonne vertébrale du morceau, elle est soutenue par des riffs qui créent une tension ascendante. Les cordes renforcent la dramaturgie et donnent au morceau une dimension presque rituelle.

Avec « Heart of the forest » Hayokan puise dans un imaginaire profondément philosophique pour structurer ses thèmes, et dans une écriture musicale hybride pour leur donner corps. Aucune frontière artistique n’est un frein à la création de Danny Lee. Le résultat est un projet où la pensée, l’image et la musique avancent ensemble pour faire un tout. L’EP s’impose comme une œuvre conceptuelle et sensorielle, et nous invite à plonger pleinement dans un voyage sonore plutôt qu’à simplement l’écouter.

Artwork : Sam Lee

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