HELL IS NOTHING – This Thing We Call Silence

Date de sortie : 1er mai 2026

Label : Klonosphere

Genre : Metalcore

Si tu aimes : Meshuggah, Deftones, Gojira, Between The Buried And Me

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Il y a des projets qui naissent trop tôt : pas le bon timing, pas les bonnes personnes, pas l’argent qu’il faut pour les réaliser. Alors ils patientent tranquillement, dorment, attendent leur tour jusqu’à remonter à la surface comme une évidence. Hell Is Nothing appartient à cette catégorie. Officiellement formé en 2021, le groupe existe quelque part dans l’esprit de son fondateur, le guitariste Thomas Michel, depuis une bonne vingtaine d’années déjà. Avec quelques compos en réserve, c’est en 2020 que Thomas décide de relancer le projet et de lui donner toute l’envergure qu’il mérite. Il part à la recherche de musiciens et constitue son line-up définitif en 2022. Autour de lui : Enrique à la guitare, Julien à la basse, Kevin à la batterie et Jack au chant. Le nom du groupe, lui, est trouvé en deux-deux, dans l’urgence du moment. C’est en 2023, avec la sortie de son premier EP, « The Circle », que le groupe commence à faire parler de lui. Puis arrive le moment de l’écriture du premier album, qui se veut conceptuel et explore les limites de la communication humaine et son impact sur notre existence. Un premier extrait, « Pale Disease », sort en octobre 2025, puis un second, « Leveling Downpour », en février 2026. Pour la réalisation, Le groupe veut s’entourer des meilleurs. C’est par hasard que Thomas croise la route du guitariste de Mass Hysteria, Fred Duquesne. Ils décident de travailler ensemble pour l’enregistrement, la production et le mix de l’opus. C’est LA rencontre qui fallait au projet. Cette fois-ci les planètes sont alignées, et, c’est ce petit coup de pouce du destin qui fait naître « This Thing We Call Silence ».

Les textes de l’album s’articulent autour de thèmes nourris autant par la pensée de la romancière américaine Sylvia Plath que par celle du philosophe allemand Martin Heidegger.  L’album explore notre rapport intime à la finitude, mais aussi les zones où tout vacille, où la désillusion s’installe. Le morceau, “Leveling Downpour”, en est un parfait exemple. Issu d’un poème de Jack, il évoque tout ce qui nous submerge, insomnie, addiction, enfermement mental. L’image du verre renvoie à l’alcoolisme et devient une frontière qui sépare le protagoniste du reste du monde, le plongeant dans une sorte de pluie intérieure qui le ronge. Le titre “Pale Disease” évoque le voile gris de l’ère post‑communiste. La métaphore d’une époque où tout semble terne, étouffé, comme recouvert d’une brume psychique. Comme si on ne vivait jamais pleinement sa vie, mais qu’on la traversait derrière un filtre. L’album, dans son ensemble, interroge donc la vérité, la désillusion, la manière dont le silence, celui du monde, celui qu’on s’impose, ou encore celui qu’on subit, peut devenir un véritable gouffre intérieur. Le titre « This Thing We Call Silence » n’est donc pas un concept abstrait mais c’est une lucidité douloureuse.

Musicalement, Hell Is Nothing puise dans un mélange assumé de différents styles, qu’il s’agisse du djent, du post‑hardcore, ou du metalcore, saupoudré de l’influence marquée du groupe Meshuggah. La signature du groupe repose sur des riffs cycliques qui créent un repère rythmique autour duquel tout peut se déployer. Cette dynamique intensifie l’impact émotionnel, qu’il s’agisse de l’obsession ou encore l’étouffement. Dans “Leveling Downpour”, cette mécanique devient un mouvement qui monte sans jamais éclater, et, où la batterie agit comme un métronome. Quant aux solos de guitare, souvent placés au‑dessus de ces boucles, ils créent une sorte de contraste entre stabilité et mouvement, comme si la ligne mélodique racontait une émotion. On le ressent particulièrement sur les titres « Lost in the World », « Latter Days », et « The Final step » où le solo final vient fissurer le cycle, comme une tentative d’échappée.

La voix de Jack est un instrument à part entière, voire presque un état psychique. Il passe avec aisance du chant clair au growl, et les multiples effets de voix renvoient chacun à une émotion différente, à une vulnérabilité. Dans “Unconcealment”, terme emprunté à Heidegger, la voix filtrée des couplets crée une distance, comme si elle provenait d’un espace intérieur, d’un lieu où l’on ne parle qu’à voix basse. Le contraste avec les riffs massifs et la batterie qui se fait martiale renforce cette tension.

Avec « This Thing We Call Silence », Hell Is Nothing nous emmène dans les entrailles même de nos angoisses. C’est un opus maitrisé, d’une précision presque chirurgicale sur lequel le groupe pose les bases de sa signature musicale. Le quintet installe un langage à la fois mécanique, émotionnel et conceptuel avec la volonté de construire un univers qui lui appartient. Avec ce premier album, Hell Is Nothing affirme déjà une direction forte et une identité assumée. J’ai déjà hâte d’entendre la suite…

Artwork : Metastasys

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